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«Il était temps que quelqu'un se lève - ou dans mon cas s'assoie - et refuse de bouger.» Son refus de céder sa place dans un bus est devenu le symbole de la lutte contre la ségrégation dans le monde entier. Connaît-on pour autant la femme qui se cache derrière cet acte de protestation à l'origine du boycott des bus de Montgomery ? Rosa Parks (1913-2005) a souvent été présentée comme une femme ordinaire, simple couturière à laquelle tout un chacun pouvait s'identifier. En réalité, cette figure incontournable du mouvement des droits civiques est une femme engagée dès son plus jeune âge. Grandissant dans les champs de coton du sud des États-Unis avec ses grands-parents et sa mère, elle y apprend à leurs côtés l'importance de la dignité. Son parcours de femme d'action dans un monde dominé par les hommes et son engagement de tous les instants pour l'égalité sont une source d'inspiration pour poursuivre son combat.
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«Je ne tiens pas à être un maître : c'est trop ridicule.» Personnage fantasque, Erik Satie (1866-1925) est un musicien aussi déconcertant qu'inattendu. Rétif à l'enseignement académique, tenté par le mysticisme, adepte de l'absinthe, il se plut à donner à ses oeuvres des titres saugrenus (Embryons desséchés, Aperçus désagréables, Sports et divertissements...) auxquels toutefois on aurait tort de le réduire. Son ballet Parade déclencha un gigantesque chahut en 1917, mais le charme secret de ses Gnossiennes et de ses Gymnopédies habite aujourd'hui tous les esprits. Pianiste au cabaret du Chat Noir, Satie fut l'amoureux contrarié de Suzanne Valadon, l'ami de Debussy, le complice de Cocteau, Picasso et Picabia. Et s'il vécut longtemps solitaire dans un minuscule appartement d'Arcueil, il se retrouva au coeur de l'ébullition artistique des Années folles. Satie avait tout d'un dandy maquillé en fonctionnaire anonyme. Entre désinvolture et provocation, il fit de l'ironie son arme secrète afin d'échapper à ceux qui prétendaient percer l'énigme de son sourire.
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«J'étais l'idole sauvage dont Paris avait besoin. Après quatre années de violence, j'ai symbolisé la liberté retrouvée, la découverte de l'art nègre, du jazz. J'ai représenté la liberté de me couper les cheveux, de me promener nue, d'envoyer tous les carcans au diable.» On ne retient souvent de celle qu'on surnomma la «Vénus d'Ébène» que son apparition fracassante au Théâtre des Champs-Élysées, dans la Revue Nègre, en octobre 1925. Tout le monde connaît sa fameuse ceinture de bananes et sa chanson fétiche J'ai deux amours. Mais il est une autre Joséphine Baker (1906-1975), égérie des cubistes, exportatrice du jazz, qui se mobilise pour la Croix-Rouge, s'engage dans les services de renseignements des Forces Françaises Libres, milite contre le racisme, adopte douze enfants de toutes origines afin de donner l'exemple de la fraternité universelle. C'est à la rencontre de cette Joséphine, «engagée chaleureuse», première femme noire à entrer au Panthéon, que ce livre nous convie.
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«Tout ce à quoi l'on fait face ne peut pas être changé, mais rien ne peut changer tant qu'on n'y fait pas face.» Écrivain américain engagé et fervent acteur du mouvement des droits civiques, James Baldwin (1924-1987) est un porte-parole des expériences noires. Jimmy passe son enfance dans les rues froides et miséreuses de Harlem. Confronté à la violence et au racisme dès son plus jeune âge, il comprend alors que son talent pour manier les mots est un don à mettre au service de la lutte contre les injustices raciales et sociales. À travers ses essais, ses romans et son engagement politique, l'enfant de Harlem incarne le pont souhaité entre l'Amérique blanche et l'Amérique noire. Déchiré entre le besoin de se préserver des violences d'un pays en pleine ségrégation et celui de témoigner de ces horreurs, il passera sa vie entre la France et les États-Unis. Parce que les réalités qu'ils dénoncent sont toujours présentes, les mots et la pensée de James Baldwin résonnent encore et trouvent aujourd'hui écho dans la lutte contre toute forme de discrimination.
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«Ceux qui comme moi ont eu le destin de ne pas aimer selon la norme finissent par surestimer la question de l'amour. Quelqu'un de normal peut se résigner - quel mot terrible - à la chasteté, aux occasions manquées : mais chez moi la difficulté d'aimer a rendu obsessionnel le besoin d'aimer : la fonction a hypertrophié l'organe, alors que, dans mon adolescence, l'amour me semblait être une chimère inaccessible.» La vie de Pier Paolo Pasolini (1922-1975), cinéaste, romancier, théoricien de l'art et de la littérature, se déroula à la fois comme un destin tragique et comme le symbole de la plus noble des libertés. Ce courage, il le paya très cher : scandales, procès, assassinat mystérieux enfin dont il fut la victime, sur une plage d'Ostie, une nuit de novembre.
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«Pour l'artiste, voir c'est concevoir, et concevoir c'est composer. L'art est une religion. Son but est l'élévation de la pensée. Peindre d'après nature ce n'est pas copier l'objectif, c'est réaliser ses sensations. Tout se résume en ceci : avoir des sensations et lire la nature. Travailler sans souci de personne et devenir fort, tel est le but de l'artiste, le reste ne vaut même pas le mot de Cambronne.» Il se rue vers le motif. Paul Cézanne (1839-1906), c'est l'homme qui marche. Il installe son chevalet, écarquille les yeux, fouille le paysage pour lui arracher sa formule. Quand ça ne vient pas il hurle, détruit ses toiles inachevées. À Aix, à Paris, on se moque de lui, on l'insulte, on le prend pour un fou. Il feint l'indifférence, en souffre, brise ses amitiés, néglige ses amours, continue sur le chemin qu'il a choisi et que lui seul entrevoit : il sait qu'il est en train de réinventer la peinture.
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«Je déclare devant vous que ma vie entière, qu'elle soit longue ou brève, sera dévouée à votre service et au service de notre grande famille impériale, à laquelle nous appartenons tous.» Ce serment, prononcé à seulement vingt et un ans, Elizabeth II (1926-2022) s'employa à l'appliquer tout au long de son règne. Elle embrassa pleinement son rôle et accepta une vie de service et de dévouement à travers tout le Commonwealth. Pourtant, Elizabeth n'était pas prédestinée à devenir reine. La jeune Lilibet passa les premières années de sa vie avec insouciance et légèreté aux côtés de sa soeur adorée, Margaret. Couronnée prématurément, la reine connut, au cours de ses soixante-dix années de règne, de grandes crises politiques, des conflits familiaux retentissants, mais aussi l'émergence de l'hypermédiatisation et de la presse à scandale. Face à chaque difficulté, elle affirma sa volonté d'incarner un symbole de stabilité et d'union pour son peuple. À travers ce portrait de la reine Elizabeth II, dont la vie est étroitement liée à celle de son pays, le lecteur pénètre au coeur de la famille royale et découvre un siècle d'histoire.
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«Mon objectif est donc la perfection technique. Je puis y tendre sans cesse, puisque je suis assuré de ne jamais l'atteindre. L'important est d'en approcher toujours davantage. L'art, sans doute, a d'autres effets, mais l'artiste, à mon gré, ne doit pas avoir d'autre but.» Toute sa vie, Maurice Ravel (1875-1937) s'est présenté comme un artiste libre. Tantôt à l'avant-garde de la modernité, tantôt garant d'une certaine tradition française, il a consacré son existence à essayer des formes musicales nouvelles, offrant des chefs-d'oeuvre à la postérité, au premier rang desquels le célèbre Boléro. Réservé voire secret sur sa manière de créer comme sur sa vie personnelle, attentif à la création de son temps, il fut un fervent défenseur de la musique de Debussy et de Stravinsky. Acteur privilégié d'une période riche en changements, il incarne mieux que nul autre les ruptures de son époque. Dandy mystérieux, les pages de sa vie nous conduisent de Paris à New York, du Pays basque au Belvédère, une maison conçue à son image : élégante et raffinée.
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«Comme vous, je suis désolé de ne pouvoir exposer cette année la série des Nymphéas ... Je suis très difficile pour moi-même, c'est peut-être vrai, mais cela vaut mieux que de montrer des choses qui sont médiocres.» Figure-phare du mouvement impressionniste, auteur du tableau-manifeste Impression, soleil levant, Claude Monet (1840-1926) chercha sa vie durant - du Havre à Giverny, de Paris à Venise - la nuance de couleur juste. Saisissant sur chaque toile un nouvel effet de lumière, il composa des séries picturales parmi les plus célèbres au monde : les Meules, les Cathédrale de Rouen, les Parlement de Londres, les Nymphéas. Perfectionniste à l'extrême, créateur aussi exigeant avec lui-même qu'avec ses mécènes, ami au long cours (notamment de Georges Clemenceau et d'Auguste Renoir), l'artiste composa par petites touches une oeuvre radicale, annonciatrice de l'art moderne.
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«Nous autres, les vibrants, nous avons besoin de croire pour faire croire. Notre vraie vie, c'est là-bas, dans le foyer incandescent de toutes les passions vécues ou rêvées.» La vie de Sarah Bernhardt (1844-1923) a donné lieu à toutes les inventions. On l'a dite allemande, hongroise, algérienne, américaine, trouvée sur un banc des Tuileries ; on a fait des choux gras de son type sémite et brocardé ses origines incertaines. Star avant la lettre, contrôlant son image et sachant la monnayer, la «divine Sarah» a joué un rôle primordial dans l'histoire du théâtre en France et dans la culture de son temps. Sa devise, «Quand même», illustre bien ce que fut cette femme libre, à la volonté infatigable, élevée de son vivant au rang de trésor national. Jadis inscrite dans le «fichier des courtisanes», celle que Victor Hugo surnomma la «Voix d'or» fut durant toute sa vie fidèle à ses préceptes : haïr très peu, mépriser beaucoup, pardonner souvent, ne jamais oublier.
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«Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les plus belles?»Miles Davis (1926-1991), trompettiste au son bouleversant, a profondément marqué l'histoire du jazz, de la musique. Sa vie, c'est la musique. Sa voix unique, fragile et puissante, intense, c'est la trompette.Son père l'éclaire dès le plus jeune âge sur le racisme auquel il sera confronté tout au long de sa vie. Son combat, Miles décide de le mener à travers la musique, en devenant un artiste noir respecté.Au fil de sa carrière, celui que l'on présente comme le «Picasso du jazz» n'a de cesse d'innover, de se réinventer:les albums se suivent mais ne se ressemblent pas. Même si l'homme derrière la trompette est réputé difficile et colérique, le musicien fascine et hypnotise, au point de devenir l'une des rares icônes du jazz au succès planétaire.
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«Non, meussieur Vili, non, Claudine ce n'est pas Unetelle, ni Mme Chose, ni Mlle Truc ou Machin-Chouette... Non, meussieur Vili, Claudine, c'est moi.» Colette (1873-1954) qui signa d'abord «Gabrielle Colette», puis «Colette Willy», puis «Colette Jouvenel», puis «Colette», qui aurait pu signer «Colette Goudeket» et ne le fit jamais, a été l'un des écrivains les plus célèbres et les plus admirés de son temps. Elle a séduit les publics les plus simples comme les plus raffinés. Auteur de nombreux romans et nouvelles, elle fut aussi mime, danseuse nue, actrice, journaliste, rédactrice de journaux à scandale, conférencière, esthéticienne. Sa vie privée, une fois débarrassée de ses légendes, de ses maris, de ses amants et de ses amantes, vaut bien un roman : celui d'une «écrivaine» éprise avant tout de liberté.
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«Les gens viennent vous voir courir et vous devez leur offrir le meilleur que vous avez en vous à ce moment-là.» Le président Obama, lorsque sa femme lui demanda quel était son athlète préféré, répondit : «Je pense que c'est Jesse Owens [...]. Ce ne sont pas seulement ses performances mais le fait qu'il ait contesté le nazisme.» Ce n'est pas uniquement parce qu'il est l'homme ayant défié Hitler ou le meilleur sprinter de l'entre-deux-guerres que le nom de Jesse Owens (1913-1980) résonne encore aujourd'hui : tout en étant un champion hors catégorie, il demeure homme parmi les hommes, citoyen actif commettant des erreurs tout en sachant les reconnaître. S'affirmant «américain en premier, noir en second» dans une Amérique fracturée par la question raciale, il incarne en réalité le symbole d'un citoyen du monde se battant sans relâche pour sa liberté. Le quadruple médaillé d'or aux JO de 1936, arraché à sa modeste condition de petit-fils d'esclave grâce à ses exploits physiques et à son travail acharné, est devenu l'emblème du sport comme espace possible de fraternité. À travers cet athlète d'exception, c'est tout un pan de l'histoire des jeux Olympiques modernes qui se lit.
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« Ignorant moi-même à quoi rime cet état effrayant où je suis enfermé, tout ce que je peux en dire, c'est que je m'agite avec l'insouciance d'une marionnette manipulée par les dieux. » Kimitake Hiraoka, dit Yukio Mishima (1925-1970) a connu la célébrité et a fait scandale dès la publication, à l'âge de 24 ans, de son premier récit autobiographique, Confession d'un masque. Auteur d'une oeuvre aussi abondante que variée, il a publié une quarantaine de romans, des essais, des pièces de théâtre, des récits de voyages, des nouvelles. Écrivain génial, dangereux idéologue, révolté narcissique, inadapté hanté par l'expiation ? Le visage de Mishima est recouvert de plusieurs masques que Jennifer Lesieur essaie d'enlever un à un. Aujourd'hui encore, pour nombre de Japonais, il reste une personnalité sulfureuse. Lui qui disait vouloir faire de sa vie un poème, trouvant l'existence humaine limitée et avouant désirer vivre éternellement, s'est donné la mort, au sommet de sa gloire, le 25 novembre 1970 : en pratiquant un seppuku par éventration, suivi d'une décapitation.
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«Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.» Après son échec à la Navale, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) envisage une carrière d'architecte. Inscrit aux Beaux-arts, il abandonne après quelques mois. Écrivain presque par accident, il consacre toutes ses forces à un ouvrage qui ne prend jamais forme et s'abîme en mer, un 31 juillet 1944, aux commandes de son Lightning P38. Dans cette biographie, Virgil Tanase nous dresse de l'auteur du Petit Prince et de Vol de nuit un portrait dégagé de sa légende. Celui que sa mère appelait «le Roi-Soleil», au fil des jours, en essayant simplement, comme il le dit «de faire au mieux», a construit une oeuvre et s'est forgé un destin. Celui d'un homme persuadé que la vie ne vaut que par le sacrifice qu'on en fait au nom d'un devoir d'absolu.
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«Je suis une biche aux bois, éloignée de toute politesse.» Marie de Sévigné (1626-1696) est un écrivain sans le savoir : rien ne préparait le millier de lettres qu'elle a écrites à voir le jour sous le nom d'oeuvre. Mais l'épistolière la plus célèbre de France est une femme au destin particulier : orpheline de bonne heure, elle échappe au couvent pour recevoir une éducation dont elle tirera tout le profit dans la société du XVII? siècle au sein de laquelle elle brille par son esprit et son naturel. Témoin privilégié de son temps, de la Fronde au règne de Louis XIV, elle est surtout, lettre après lettre, l'historienne de sa propre vie, partagée entre son devoir et sa passion maternelle. Roger de Bussy-Rabutin, auteur féroce, ne s'y est pas trompé qui écrit au sujet de sa cousine : «Rien n'est plus beau que ses lettres ; l'agréable, le badin et le sérieux y sont admirables ; on dirait qu'elle est née pour chacun de ces caractères.»
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Visionnaire de génie, séducteur invétéré, esprit mordant, léonard de vinci (1452-1519) veut tout connaître du monde.
De la physique à la botanique, de la géologie à l'anatomie, en passant par l'astronomie, la musique, les mathématiques, l'architecture, la sculpture, le dessin, la peinture, rien ne doit échapper à son insatiable curiosité. pourtant, si l'on excepte son goût pour l'organisation de fêtes spectaculaires, nombre de ses travaux restèrent à l'état d'ébauches. ainsi, à peine une douzaine de tableaux peuvent-ils lui être attribués avec certitude.
Et si ce n'étaient les milliers de pages de ses fameux carnets, l'emploi du temps de l'inépuisable inventeur resterait une énigme que sophie chauveau tente ici de percer. en toile de fond : l'italie de la renaissance.
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«Tout se passe comme si mon combat spirituel avait lieu quelque part dans une clairière. Je pénètre dans la forêt, je ne trouve rien et la faiblesse me force aussitôt à ressortir ; souvent, quand je quitte la forêt, j'entends ou crois entendre le cliquetis des armes dont on se sert dans ce combat.» À la fois fasciné et repoussé par Prague, en quête d'une Terre promise et exilé à Berlin, fiancé timoré et séducteur impénitent, sportif accompli, hypocondriaque et végétarien, Juif mécréant et passionné par la culture yiddish et l'essor du sionisme, fidèle à de solides amitiés et solitaire, amoureux éperdu de la vie et hanté par la mort, Franz Kafka (1883-1924) fut un mystère pour lui-même et pour les autres.
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«La vie dans sa forme optimale est un grand triangle. À un angle se trouve la personne humaine, à l'autre angle se trouve l'autre personne, et au sommet se trouve Dieu. Si ces trois dimensions ne s'enchaînent pas, travaillant harmonieusement ensemble dans une seule vie, alors cette vie est incomplète.» Assassiné le 4 avril 1968, sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis dans le Tennessee, Martin Luther King (1929-1968) est un homme multiple. Penseur, poète, disciple de Gandhi appliquant la philosophie de la non-violence dans sa lutte pour les droits civiques des Américains noirs, il a su franchir la «ligne des couleurs» pour s'attaquer à la question plus générale de la pauvreté. Prix Nobel de la paix en 1964, le célèbre pasteur baptiste aux dons d'orateur hors du commun nous a laissé une voix qui, aujourd'hui encore, nous invite à ne pas abandonner nos rêves. Ce livre est l'histoire d'un homme qui pensait que «la justice est toujours debout à côté de l'amour».
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«L'imagination gouverne le monde.» Figure universelle du génie humain, Napoléon Bonaparte (1769-1821) a échoué à fonder une dynastie mais a défini la politique moderne. Par son gouvernement, il a montré au monde qu'un pays pouvait vivre durablement sous une autre loi que celle de la monarchie absolue et des privilèges héréditaires et ecclésiastiques. En France, notre Code civil et nombre de nos institutions ont été, depuis leur création par Napoléon, peu ou pas réformés et ont été adoptés et adaptés dans le monde entier. Ramener le destin exceptionnel de celui que Clausewitz appelait le «Dieu de la guerre» à la dimension d'une vie d'homme parmi les hommes est le pari de ce livre. Bonaparte s'est tôt persuadé d'avoir un destin : cette biographie nous raconte les hasards de sa vie. Il s'est peu à peu sacrifié à l'État français jusqu'à sacrifier en lui l'homme privé : Pascale Fautrier lui restitue son humanité, et écrit ici le roman de Bonaparte.
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Comment faire entendre sa voix en ce XVIIIe siècle qui grouille de paroles alors que grandit le silence divin ? Quel langage trouver pour avoir le sentiment d'être soi ? Comment exister à ce moment où la politique devient un théâtre de l'idéal mais aussi de la cruauté ?
Comment, en somme, faire en sorte que « si la femme a le droit de montrer sur l'échafaud », elle puisse aussi avoir le droit de « monter à la tribune » ? Voici quelques-unes des questions auxquelles tentent de répondre cette biographie de Marie Gouze, dite Olympe de Gouges (1748-1793), auteur d'une oeuvre essentielle comprenant pièces de théâtre et écrits politiques dont la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
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«Je suis l'enfant de mon siècle; j'ai subi ses maux, j'ai partagé ses erreurs, j'ai bu à toutes ses sources de vie et de mort.» Amandine-Aurore-Lucile Dupin (1804-1876), devenue George Sand en 1832, avec la publication d'Indiana, fut, dès l'enfance imprégnée des traditions et des légendes de son Berry natal. Observatrice attentive de son temps, elle fume la pipe, s'habille en homme, affiche ses convictions républicaines, est l'amante enflammée de Musset et de Chopin, en un mot fait scandale. Son oeuvre, de Consuelo à La Mare au diable, en passant par La Petite Fadette, culmine dans Histoire de ma vie, et fonde un genre littéraire:l'autobiographie au féminin. Amoureuse éperdue de la vie, George Sand écrit en 1831 à Sainte-Beuve:«Vivre! Que c'est bon! malgré les chagrins, les maris, l'ennui, les dettes, les parents, les cancans, malgré les poignantes douleurs.»
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«À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.» George Orwell (1903-1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est l'auteur d'une oeuvre très marquée par ses engagements politiques. Après avoir lutté contre l'Empire britannique en Birmanie, pour la justice sociale aux côtés des classes laborieuses de Londres et de Paris, puis participé à la guerre d'Espagne dans les rangs du P.O.U.M., il se consacre à une oeuvre littéraire écrite, «directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique». Témoin lucide de son temps, auteur notamment de La Ferme des animaux et de 1984, il meurt à quarante-six ans, et demande dans son testament qu'aucune biographie ne retrace sa vie.
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«Actuellement, je suis pris par les arbres fruitiers en fleur. Je ne suis aucun système de touche. Je tape sur la toile à coups irréguliers, que je laisse tels quels. Des empâtements, des endroits de toile couverts par-ci, par-là, des coins laissés totalement inachevés, des reprises, des brutalités ; enfin le résultat est assez inquiétant et agaçant pour que ça ne fasse pas le bonheur des gens à idées arrêtées d'avance sur la technique.» C'est après avoir abandonné la prédication à l'âge de vingt-six ans que Vincent Van Gogh décide de consacrer sa vie à l'art. Dès lors, il suit avec obstination son chemin solitaire vers cette libération du trait qui va lui permettre de rendre l'émotion dans sa brutalité. Il se fixe un but : peindre comme on écrit. Cette vie, au fond méconnue, qui fut aussi le roman bouleversant de deux frères, Vincent et Théo, prend fin quand Van Gogh (1853-1890) en plein mois de juillet, alors qu'il peint au milieu d'un champ de blé, se tire une balle de revolver dans la poitrine.