Le 28 février 2012, un cadre de La Poste se défenestre à Rennes. Il laisse une lettre où il raconte les insupportables pressions exercées par sa hiérarchie. Quelques jours plus tard, un autre employé du groupe se donne la mort - après avoir lui aussi rédigé une lettre accablante pour sa direction. qui déclare que ces suicides sont des cas isolés, sans lien avec un quelconque malaise au sein de l'entreprise.
Pourtant, plus de 100 salariés du groupe se sont donné la mort depuis 2011, et la série noire continue. Pour comprendre ce qui arrive à La Poste, il fallait enquêter sur ce qu'elle est devenue. Dans ce livre, Sébastien Fontenelle raconte comment un service public cher au coeur des Français a été transformé en une entreprise exclusivement dédiée à la recherche du profit et de la rentabilité. Il raconte ainsi la planification par le gouvernement socialiste dans les années 1980, d'une " nécessaire " modernisation des PTT " qui ne peuvent plus ignorer les lois du marché " et ce qui s'ensuivit : la réforme de 1992 et la scission des PTT en deux entités distinctes et la création de France Telecom, le développement de l'activité bancaire au sein de La Poste (vente de produits financiers) les destructions d'emplois (plus de 70 000 en dix ans, " un par heure " !), la fermeture massive de bureaux de poste, la précarisation des statuts (des CDD. d'une heure !), le développement de la sous-traitance, etc.
On l'aura compris, La Poste est devenue en quelques années un laboratoire managérial où les salariés se retrouvent cyniquement sacrifiés sur l'autel de la rentabilité, payant au prix fort le démantèlement programmé d'un grand service public.
Dans une ville industrielle du nord, deux voix se répondent à quinze ans d'intervalle. Celle d'un père, Clément, et celle de Judith, sa fille, âgée de 18 ans. Clément raconte la mort de sa jeune épouse et l'horreur de l'usine, jusqu'au drame qui fera tout basculer. Judith, elle, est orpheline. L'usine n'est plus là, mais a laissé d'indélébiles traces : crassiers, sols pollués, maladies, chômage. La jeune fille se remémore son enfance, revisite ainsi l'histoire de sa famille et de toute une communauté privée de travail par la fermeture brutale de l'usine. Surtout, Judith cherche à comprendre qui était son père et comment il a trouvé la mort.
À chaque crise financière, c'est la même recette : pour s'en sortir, les cotisations sociales des entreprises devraient être toujours plus légères, les salariés toujours plus flexibles pour atteindre des objectifs de rendement toujours plus hauts. Qui croit encore aux vertus de ce catéchisme de l'austérité qui fait perdre de vue le sens même du travail et détruit la notion de service public ? Les auteurs de Pour en finir avec le Wall Street management proposent dans ce nouveau livre d'inverser la donne en manageant autrement. S'appuyant sur de nombreuses expériences, sur leurs échanges permanents avec des salariés, des DRH, des chercheurs et des responsables d'entreprise, Marie-José Kotlicki et Jean-François Bolzinger, dirigeants syndicaux, proposent d'investir les terrains où se jouent la dé-financiarisation du travail et de l'entreprise et la recherche d'une nouvelle efficience : organisation du travail, qualité des produits ou des services, place des jeunes, accès des femmes aux responsabilités de direction, enseignement du management, restructurations, stratégies et gouvernance. Rendre les organisations flexibles pour que chaque salarié développe ses capacités, donner le droit à tous de participer à l'élaboration de la stratégie des entreprises, imaginer un dialogue social qui porte aussi sur les choix économiques, se donner le temps de bien travailler, etc., autant de leviers pour inventer une nouvelle compétitivité qui réconcilie l'humain et le bien commun avec l'industrie, le social et l'écologie. Répondre à la quête de sens du travail et sortir de la crise sont une seule et même perspective.
Cet ouvrage raconte le voyage d'un anthropologue dans les coulisses du « As If » management, le management qui fait comme si tout allait bien, qui ignore les problèmes. Michel Feynie a mené une enquête minutieuse sur la branche commerciale d'une entreprise publique à laquelle il a pu et peut accéder en tant que salarié... Il a complété ce travail de terrain par l'étude de la rhétorique managériale issue d'une quinzaine d'autres entreprises. L'anthropologue décrit ainsi la standardisation du discours managérial à travers lequel les dirigeants rêvent une entreprise idéale et montre les décalages entre ce discours et les pratiques quotidiennes de management. À travers des descriptions où il saisit des situations ordinaires de management, il souligne l'intégrisme des méthodes de vente et de management promues par des consultants experts et la difficulté pour les managers de se les approprier. Il décrit le profond mal-être au travail que génère ce « As If » management et met au jour les stratégies élaborées par les salariés pour tenter d'y échapper.
Il nous fait ainsi voyager dans un monde proche mais parfois peu accessible...
À travers cette enquête, il donne enfin aux salariés des clefs de lecture qui peuvent les aider à se protéger de ce management déshumanisé. Le récit de Michel Feynie prêterait parfois à sourire tant certains dirigeants et les méthodes qu'ils promeuvent y paraissent ridicules. Mais derrière tous ces artifices managériaux, il existe hélas des salariés qui en souffrent.
Carole Matthieu est médecin du travail. Le stress, les cadences intenables, les objectifs inatteignables, poussent les employés vers son bureau. Tous les jours, elle est confrontée à leur détresse. Mais désormais Carole sait comment les apaiser. Si leur vie est devenue un enfer, il faut la leur ôter.
Un mot peut tuer ! Pour déstabiliser et détruire, les armes de la malveillance, de la manipulation et de la persécution sont innombrables.
La perversité ordinaire d'un conjoint, d'un parent, d'un supérieur peut briser un couple, défaire une vie, ruiner une carrière professionnelle. La loi du plus fort règne le plus souvent dans la famille, l'entreprise, la société. L'agresseur mène patiemment son oeuvre paralysante et meurtrière. Sa victime se laisse peu à peu enfermer dans le piège prévu pour son supplice. Comment comprendre, analyser, vaincre le harcèlement psychologique ? Quelles solutions, quelles parades y opposer ?
La " valeur travail " est ébranlée. Jadis et tout à la fois source d'accomplissement personnel, d'estime de soi, de liens sociaux et de reconnaissance sociale, le travail est de plus en plus souvent vécu comme une peine quotidienne exposant l'individu à l'isolement, à l'angoisse de n'être plus " à la hauteur ", au stress de la compétition, à l'humiliation publique, à la souffrance psychique qui pousse certains jusqu'au suicide. Bien des rapports ont exploré ces phénomènes en privilégiant tantôt leur dimension sociale, tantôt ses causes économiques et politiques, ou encore sa dimension individuelle et psychologique. L'auteur mêle ici le psychique, le social, l'économique ; il décrypte l'interaction complexe de toutes ces causes et propose une grille de lecture qui fonde une résistance à la déshumanisation du travail. C'est bien un système managérial pensé au service exclusif de la performance financière, et non la fragilité singulière des individus, qui est en train de transformer le travail en torture et d'étendre au secteur public les méfaits d'une gestion inhumaine d'abord rodée dans le secteur privé. Identifier l'origine du mal donne ici les " raisons " de la colère des travailleurs en un double sens, comme explication de ses sources, mais aussi comme première protection de ses victimes : résister, exprimer et manifester la légitime colère contre un système inhumain est désormais la plus raisonnable des réactions, pour éviter que les individus retournent contre eux-mêmes une violence nourrie par ce système.
La clinique du travail s'est affranchie de ses origines médicales. Reste que la référence au soin imprègne les pratiques. Et la demande sociale en la matière est en expansion : soigner les « blessés » du travail, réparer les « déficiences », accompagner les « vulnérables », écouter les plaintes, faire disparaître les symptômes... aux risques toujours d'une individualisation de questions sociales, d'une externalisation à des prestataires de service tenus à la porte de l'organisation, d'une contribution à des processus de normalisation et donc aussi de relégation, voire d'exclusion. Sur cet axe santé/travail, ici encore les questions à instruire sont nombreuses. Quelles conceptions de la santé orientent les pratiques ? Comment approfondir cette double perspective qui tient en tension la conception du travail pathogène et celle du travail comme opérateur de santé ? Comment, au-delà de ces analyses, voire de ces diagnostics, concevoir l'action autour de cette problématique ? Quels dispositifs ? Quels instruments ? Yves Clot est professeur titulaire de la chaire de psychologie du travail du CNAM. Dominique Lhuilier est professeure, Chaire de psychologie du travail du CNAM
Les Français souffrent et ne le disent pas. Comment faisons-nous pour tolérer le sort des chômeurs et des " nouveaux pauvres "? Et comment parvenons-nous à accepter sans protester des contraintes de travail toujours plus dures, dont nous savons pourtant qu'elles mettent en danger notre intégrité mentale et physique ? Christophe Dejours, spécialiste du travail, découvre à l'origine de ce consentement silencieux la peur et la honte. Il révèle comment, pour pouvoir endurer la souffrance sans perdre la raison, on se protège. A la lumière du concept de distorsion communicationnelle de Jürgen Habermas et de celui de banalité du mal d'Hannah Arendt, il met au jour le processus qui fonctionne comme un piège. Alors la souffrance devient impensable. Et l'injustice sociale banalisée...
Depuis trente ans, Christophe Dejours nous alerte sur la souffrance au travail. Trente ans de recherche qui ont fait de lui un des spécialistes de cette question les plus écouté des salariés et de leurs représentants mais aujourd'hui aussi des chefs d'entreprises. Et si tous viennent lui demander conseil, c'est qu'ils sont inquiets de l'augmentation des pathologies mentales dans l'entreprise, y compris chez les cadres les plus dévoués et performants, quand ils ne sont pas stupéfaits par des suicides à répétition. Ce livre, devenu un classique, met au jour les processus qui sont bel et bien en cause, aujourd'hui encore, dans la déstructuration effrayante du monde du travail à laquelle nous assistons. "Force est d'admettre que l'aggravation des pathologies mentales du travail et le surgissement macabre de ces suicides jusqu'au milieu de communautés humaines hébétées, sonne le glas de la culture. ". Cette nouvelle édition comporte, outre les textes de 1980, 1993 et 2000, une nouvelle préface de l'auteur.
La mise au travail salarial repose sur la capacité de l'employeur d'organiser au mieux le travail du salarié pendant le temps payé, c'est-à-dire de la façon la plus rentable.
Or rien ne pourra empêcher que ce temps appartienne en fait aux deux parties : aux salariés qui le vivent, lui donnent sens, et à l'employeur qui doit trouver les moyens d'en faire l'usage le plus efficace. La solution taylorienne visait à désamorcer toute résistance humaine en objectivant le plus possible ce temps par des gestes imposés et des temps alloués. Les formes les plus modernes de travail visent, elles, à enrôler l'intimité et la personnalité des salariés dans des conditions qui restent imposées et au prix d'une " colonisation " de leur vie privée : vie privée et professionnelle sont désormais enchevêtrées, tributaires l'une de l'autre.
Cela n'est certes pas complètement nouveau, mais ces effets semblent aujourd'hui plus profonds, avec la difficulté de programmer sa vie dans le cadre d'une mobilité généralisée, contraignant en permanence à " développer ses compétences " pour assurer son " employabilité ". Dans cet ouvrage réunissant des contributions de sociologues, d'historiens et d'économistes, une première partie étudie la construction et la déconstruction des normes temporelles du travail, et les phases de transition (notamment dans l'industrie française et dans l'ex-bloc socialiste).
Une seconde partie est consacrée aux exacerbations actuelles des contradictions autour des enjeux de qualité et de productivité, dans des secteurs aussi divers que les abattoirs, les hôpitaux, la restauration rapide, les centres d'appels, les CAF et les banques.
Publié en 1998, le livre de Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, a rencontré un succès considérable et...
Inattendu : ce succès a révélé un phénomène de société dont on ignorait jusque-là l'ampleur dans le monde du travail. On connaît la suite : la déferlante des témoignages, l'incroyable médiatisation des " affaires " de harcèlement tant dans le privé que dans le public, les débats entre professionnels (médecins du travail, inspecteurs, syndicalistes, juristes, chefs d'entreprise), la création d'associations, les nombreux colloques organisés sur le thème, et enfin le projet de loi soumis par le groupe communiste à l'Assemblée nationale.
Le harcèlement moral fait aujourd'hui débat et une mise au point s'imposait.
Prenant appui sur une enquête menée auprès des centaines de personnes qui lui ont adressé des témoignages écrits, Marie-France Hirigoyen affine ici son analyse et précise la notion, pour éviter que le terme soit utilisé abusivement et à contresens. Y a-t-il une spécificité de la victime ? Un profil de l'agresseur ? Des cas de fausses allégations ? Comment démêler le vrai du faux ? Qu'est-ce qui n'est pas du harcèlement moral ? Comment repérer ce qui en est ? Quels contextes de travail favorisent les procédés pervers ?
Ce livre, nourri de nombreux cas concrets, répond avec précision à ces questions, sans esquiver la complexité des situations.
Enfin, convaincue que l'organisation du travail est une donnée nécessaire mais pas suffisante pour expliquer le phénomène, l'auteur consacre la dernière partie du livre à la prévention sur le lieu de travail et auprès des professionnels, en redonnant un sens fort à l'éthique et à la responsabilité individuelle. Un livre indispensable pour tous ceux qui sont concernés directement ou indirectement par le harcèlement moral.